Michelle Ty

Université Clemson

Les sujets fantômes du réalisme

Cette présentation considèrera deux versants du réalisme : celui-ci réfère, en philosophie, au rejet de l’identité proposée de la réalité et de l’esprit ; et dans l’art, à un mode de représentation qui affirme son lien mimétique avec le monde « tel qu’il est ». Mon enquête commencera par mettre en lumière un aspect curieux du réalisme philosophique moderne, à savoir qu’il n’établit comme « réel » que ce qui peut résister à mon absence (où le « moi » implicite au « mon » est un sujet d’expérience hypothétique et potentiellement universel). Je retracerai cette proposition audacieuse – imaginer la disparition du sujet afin de déduire ce qui est réel – à travers une gamme de médias et de genres : dans la réfutation de l’idéalisme de Bertrand Russell ; dans le traité de Virginia Woolf contre le réalisme mécaniste des écrivains édouardiens ; et dans le tableau d’Antonio López-Garcia, Lavabo y Espejo. Cette brève généalogie en place, je continuerai ma présentation en suggérant que la proposition audacieuse esthético-philosophique du sujet fantôme revient, mais cette fois nouvellement déployée, dans la rhétorique de l’Anthropocène, ainsi que dans les variations « spéculatives » plus récentes du réalisme philosophique. Ces recherches constituent d’abord un effort pour montrer comment les premiers discours esthétiques et philosophiques sur le réalisme étaient déjà des discours sur l’extinction humaine ; puis pour demander comment la primauté du sujet fantôme introduit des limitations qui doivent encore être reconnues, et déterminent comment les changements climatiques peuvent apparaître dans l’imagination politique.

Biographie :
Michelle Ty
est professeure adjointe d’anglais à l’Université de Clemson. Elle a reçu son doctorat en théorie critique et anglais de l’Université de Californie à Berkeley.