Kyle Powys Whyte

Université d’État du Michigan

Vers une indigénisation du temps, de la mémoire et de l’histoire du changement climatique

Les discours sur l’Anthropocène et les changements climatiques reflètent souvent des hypothèses sur le temps, la mémoire et l’histoire qui privilégient les derniers siècles d’expansion globale, coloniale, capitaliste et industrielle. Ces temporalités (le temps, la mémoire, l’histoire) suivent celles du colonialisme des États-Unis et du Canada qui effacent considérablement les conceptions propres des peuples autochtones sur le temps, la mémoire et l’histoire en Amérique du Nord. L’indigénisation des temporalités du changement climatique implique au moins deux mouvements. Tout d’abord, le problème actuel du changement climatique s’inscrit dans l’histoire plus vaste, cyclique, de l’adaptation des peuples autochtones aux changements environnementaux – qui ne sont que maintenant causés par le colonialisme nord-américain. Les savoirs autochtones font référence à des systèmes de connaissances explicitement développés grâce à des expériences d’adaptation aux changements environnementaux au cours des millénaires. Ensuite, en cette période de forte perturbation capitaliste, industrielle et coloniale, des formes très concentrées de domination ont engendré des écologies coloniales. Celles-ci nuisent directement aux peuples autochtones, par la pollution ou le déplacement géographique, par exemple, mais pavent aussi le chemin à l’expansion industrielle et capitaliste sur les territoires autochtones. Cette expansion est à la tête du problème anthropogénique actuel du changement climatique, dont les populations autochtones souffriront davantage que les autres car elles sont les premières à en subir les impacts négatifs. L’indigénisation du changement climatique montre comment l’élargissement de la perspective historique permet différentes interprétations de cette période coloniale perturbatrice et de son rapport au changement climatique anthropogénique actuel. Les temporalités du changement climatique des peuples autochtones ne succombent pas à certains débats – par exemple, se résigner ou non à la disparation de certaines espèces – et approchent la justice climatique de façon rigoureusement structurelle, compte tenu des expériences autochtones avec les structures de domination coloniale qui sont à la fois moteurs d’économies dépendantes au carbone et causes de vulnérabilité accrue. Les temporalités autochtones sont à la fois dystopiques et libératrices, donnant lieu à des possibilités qui ne sont généralement pas envisagées dans d’autres discours sur le changement climatique.

Biographie :
Kyle Powys Whyte occupe la chaire Timnick en sciences humaines à l’Université d’État du Michigan. Il est professeur agrégé de philosophie et de pérennité des communautés, membre du corps professoral de la concentration d’études supérieures en philosophie environnementale et éthique. Il est aussi affilié aux programmes d’études amérindiennes et de sciences et politiques de l’environnement. Ses premiers travaux de recherche portent sur des questions morales et politiques concernant la politique climatique et les peuples autochtones, ainsi que l’éthique des relations de coopération entre les peuples autochtones et les organisations de science climatique. Ces recherches se sont récemment élargies aux questions de souveraineté alimentaire et de justice. Il est membre inscrit de la Citizen Potawatomi Nation. Ses articles ont été publiés dans des revues telles que Climatic Change, Sustainability Science, Environmental Justice, Hypatia, Ecological Processes, Synthese, Human Ecology, Journal of Global Ethics, American Journal of Bioethics, Journal of Agricultural & Environmental Ethics, Ethics, Policy & Environment, et Ethics & the Environment. Le travail de Kyle a été financé par la Fondation U.S. National Science, le Bureau des Affaires indiennes, le US Fish and Wildlife Service, le Northeast Climate Science Center, le Great Lakes Integrated Sciences and Assessments Center, la Fondation Mellon, le Sustainable Michigan Endowed Program et la Fondation Spencer. Il siège au Comité consultatif sur les changements climatiques et la science des ressources naturelles du U.S. Department of Interior, et sur le conseil d’administration du National Indian Youth Council. Il est impliqué dans le Climate and Traditional Knowledges Workgroup, le Sustainable Development Institute du College of Menominee Nation, le Tribal Climate Camp, la Michigan Environmental Justice Coalition, Humanities for the Environment, et le Consortium for Socially Relevant Philosophy of/in Science. En 2015, il a reçu le Prix Bryan Bunyan pour l’excellence académique attribué par Detroiters Working for Environmental Justice.