Kathryn Yusoff

Université Queen Mary, Londres

Le réalisme géologique : Pensées sur l’époque et phase terminale du temps géologique

La géologie est composée d’un champ de marqueurs temporels qui localisent et sédimentent les récits du présent, dans lesquels les fossiles servent d’objets originels pour les histoires des espèces et les trajectoires de l’humain dans le temps et l’espace. Cependant, dans la dénomination récente de l’Anthropocène, la géologie apparaît sous un nouveau jour, comme une pratique orientée vers le futur (quoique possiblement négatif) qui invite à l’inquiétude pour façonner des mondes alternatifs et contrecarrer les modes de fossilisation. Quoique la question de l’influence de l’Anthropocène pose problème, et qu’il soit même possible que ce concept ne réussisse pas à nommer correctement l’époque, il marque un seuil : à savoir la disparition des conditions matérielles stables de l’Holocène qui ont fourni le contexte dans lequel la pensée occidentale s’est développée. L’Anthropocène est un nom qui ouvre une dimension spéculative aux figurations de la pensée globale et des relations matérielles. Dans cet espace spéculatif, le contexte même de la matière dans laquelle la pensée existe et prend forme est remis en question. Tandis que l’Anthropocène nous invite à regarder le sous-sol rocheux sous nos pieds, et que le changement climatique anthropogénique nous invite à regarder le ciel, l’un raconte la certitude de l’extinction, et l’autre offre un ciel sujet à mutation. Regardant dans les deux directions de l’axe du ciel et de la terre, on voit que quelque chose a changé dans la façon dont la pensée et la matérialité sont liées ; quelque chose est déjointé et matériellement délié, entre la roche et l’enclume, dans le temps géologique. La provocation de cette nouvelle époque pourrait bien être d’exiger un engagement dans le réalisme géologique, et une confrontation avec les dimensions catastrophiques de ses horizons. En regardant les perspectives de cet axe planétaire en recomposition, le long duquel la pensée doit maintenant se produire, cette présentation traitera de la façon dont l’esthétique pourrait être un moyen de naviguer à travers la danse complexe des catégories dans l’explication du sens-matière géologique.

Biographie :
Kathryn Yusoff est professeure de géographie humaine à l’Université Queen Mary de Londres. Ses recherches portent sur la géophilosophie, l’esthétique politique et l’Anthropocène. Elle est actuellement en train d’écrire un livre sur « la vie géologique ».